Morlino

Lisez Voltaire. Conseil d’ami. Ecoutez svp…

Le blog de Morlino

Il est très pénible quand on est lecteur de Voltaire de savoir qu’il était antisémite. Lui qui a passé sa vie à prêcher la tolérance ! Les grands esprits ne sont pas exempts de pensées débiles. Tout le monde n’a pas la rigueur de Victor Hugo. Bien sûr l’antisémitisme de Voltaire n’a rien à voir avec celui des XIXe, XXe et hélas XXIe siècles. Pour ce qui le concerne, Voltaire n’aime pas le judaïsme parce qu’il le tient responsable de l’éclosion du christianisme. Du coup, il condamne les deux religions ! Dans l’article «Juifs» (Questions sur l’Encyclopédie), il écrit : « Les religions chrétienne et musulmane reconnaissent la juive pour leur mère ; et par une contradiction singulière, elles ont à la fois pour cette mère du respect et de l’horreur.» (sic) On ne perd jamais son temps à lire Voltaire. Pour revenir au Dictionnaire philosophique, il ne faut pas le lire avec les yeux de 2012. Le très beau livre que nous présentent les éditions Actes Sud est établie à partir de l’édition de 1769. Il faut se souvenir du poids de la religion au XVIIIe siècle qui nous revient comme un boomerang depuis quelques décennies. Voltaire a pour ambition «d’écraser l’infâme». L’infâme c’est tout ce qui ne concerne pas la raison. De fait, il place le raisonnement au-dessus de tout, disons que l’intelligence doit prévaloir dans tous les domaines de réflexion. A l’origine il a voulu écrire le Dictionnaire philosophique parce que les volumes de L’Encyclopédie étaient intransportables. Son ambition est d’offrir un dictionnaire « portatif ». Génial, non ? Il reproche aux notices de L’Encyclopédie d’être trop savantes et donc illisibles… Dès 1752, il écrit quelques définitions dont «Athée». 1752 c’est l’année où paraît L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Fin 1764, le public peut lire le Dictionnaire philosophique portatif avec 73 articles, tous de Voltaire. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Initialement, il avait pensé à un ouvrage collectif. En 1762, au début de l’affaire Calas, Voltaire ressentait l’urgence d’un dictionnaire accessible à tous. Il écrivit en même temps Le traité de la Tolérance. En 1769, il décide d’opter pour le titre « La raison par l’alphabet, puis l’année suivante il choisit définitivement Dictionnaire philosophique. Son ouvrage est celui d’un individualiste de grand talent qui n’a besoin de personne pour dire le fond de sa pensée, fût-ce son homophobie. Quand le livre paraît en juillet 1764, il n’a pas d’auteur sur la couverture… Voltaire s’amuse à entendre ce que les gens disent sur le livre et nie toute participation à sa rédaction. Dans un lettre à Charles-Augustin Ferriol, il écrit le 30 octobre 1764 : « Je n’ai envoyé le livre à personne… » (1) Le 17 mars 1765, un arrêt du Parlement de Paris condamne le Dictionnaire à être « lacéré et brûlé », rappelle Béatrice Didier dans l’instructive présentation de l’édition d’Actes Sud. Le 19 juin 1769, Voltaire annonce à d’Alembert que nouvelle édition va paraître en Hollande, « tête levée ». La notice « Songes » annonce ni plus ni moins Freud et les surréalistes Aragon, Breton et Soupault (par alphabétique et non pas de grandeur…) En conclusion de « Critique », il note : «Un excellent critique serait un artiste qui aurait beaucoup de science et de goût, sans préjugés et sans envie. Cela est difficile à trouver ». Ah ! bon…

23.3.2012

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