Candide à Saint-Claude

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De Saint-Claude, le 27 juin 2014

À Monsieur de Voltaire,

Le Panthéon, Couloir Central (en face de Rousseau)

Place du Panthéon

Paris (en poste restante)

 

Mon cher Voltaire… Mon ami…

Si vous revenez un jour de l’autre monde, comme il vous arrivait de le souhaiter, me pardonnerez-vous d’avoir osé écrire un nouveau Candide?

Votre Candide a cherché sa Cunégonde dans les pays les plus divers et sous toutes les latitudes. Il a vu régner partout toutes les formes de bêtise, de fanatisme et de cette cruauté que n’atteignent même pas les animaux que l’on dit féroces. Il a fait également l’expérience au cours de ses rocambolesques aventures que penser par soi-même est bien la’ chose la plus difficile.

Croyez-moi, elle l’est plus que jamais, dans notre siècle bruyant où tant d’hommes sont souvent «comme des aveugles conduits par des borgnes ».

Je me suis seulement demandé si Candide revenant parmi nous vivrait les mêmes expériences et si le monde avait beaucoup changé depuis 1a publication en 1759 de votre conte universellement connu.

Vous en savez beaucoup plus que moi sur tout cela. J’aurais plaisir à en causer avec vous et avec votre voisin Rousseau dans le temple de l’immortalité. J’ai aussi peu de chances de me retrouver un jour au Panthéon à vos côtés que de me retrouver parmi dix mille vierges du Paradis.

Avec mon plus profond respect et attachement.

Votre dévoué Erbé de Saint-Claude

Cette lettre à Voltaire est signée Erbé, pseudonyme sous lequel se cache à peine Roger Bergeret, a été rédigée à l’occasion de l’écriture et de la présentation de son Candide, ou l’optimisme au XXIe siècle, adaptation « héroï-comique » du conte de Voltaire, en juin et juillet 2014 à Saint-Claude.

Une délégation de Voltaire à Ferney, forte d’une bonne vingtaine de nos membres, y a assisté le 3 juillet 2014. « Pochade anarcho-fouchtra » selon un des spectateurs conquis,  cette création restera hélas éphémère puisque la pièce n’a été jouée que pendant deux semaines et qu’à ce jour, il n’est pas (encore?) possible de s’en procurer le texte. Voici, tels que publiés dans le programme de cette présentation, l’argumentaire et l’histoire de ce Candide contemporain…

Candide Bergeret Affiche d

Pourquoi Candide ou l’optimisme… au XXIe siècle ?

« Voltaire est un mort qu’il faut tuer tous les 25 ans »

(Henri Jeanson, Le Canard Enchaîné, 20 déc. 1944)

Le recours à Voltaire dans les moments de crise est une constante dans l’histoire posthume de son oeuvre. Son « roman », Candide, ou l’optimisme, paru en 1759, fut depuis 1923 adapté 25 fois pour le théâtre! La lecture du conte aujourd’hui, en 2014, nous fait redécouvrir son étonnante actualité. Chaque fois que les démons de l’intolérance, de la guerre, du fanatisme religieux, de la cruauté, de la violence aveugle, de la bêtise ressurgissent et menacent, Voltaire fait merveille par son impertinence.

On a appelé Voltaire au secours contre le fascisme et le nazisme (le Candide radiophonique de Jean Tardieu en 1944); au temps de la Guerre froide (Candide, ou l’optimisme au XXe siècle, film de Norbert Carbonnaux, en 1960); contre les intégrismes religieux et les religions, lorsqu’ils servent de prétexte au désir de puissance, à la pulsion de mort ou à un projet politique (reprise mouvementée de la pièce de Voltaire Mahomet par Hervé Loichemol en 2005).

Aujourd’hui, le monde est-il devenu meilleur ou moins inquiétant?

Le Candide de Voltaire (1759) nous faisait participer à un jeu de massacre contre tous ceux qui prétendaient à un exercice discrétionnaire du pouvoir au nom d’un dieu instrumentalisé ou d’une religion servant de prétexte à l’intolérance et àla persécution. Tous les excès sont visés: la rapacité et la course à l’argent, une justice asservie aux grands intérêts, les jeux sanglants de la guerre, les «systèmes » philosophiques qui s’érigent en vérité absolue. N’est-ce pas toujours d’actualité?

Fallait-il reprendre le conte tel quel en le « dialoguant» pour l’adapter au théâtre? Une adaptation quasi littérale aurait été très longue. Enfin, certaines parties du conte, l’épisode des Oreillons, l’Eldorado et ses moutons rouges, même s’ils nous émerveillent aujourd’hui, auraient rencontré des difficultés d’adaptation insurmontables sur une scène et pour des publics d’aujourd’hui.

L’adaptation et même une transposition pour notre temps nous ont donc paru légitimes, en respectant autant que possible l’esprit et les intentions de Voltaire et en évitant de tomber dans un prêche politique ou moral pseudo-voltairien. L’humour noir, l’irrespect, le rire, la caricature et l’absurde seront présents tout au long de cette adaptation, comme dans le conte. Il suffit en effet d’ouvrir son journal pour constater que l’intolérance, l’injustice, les fanatismes meurtriers sont toujours là, sous toutes les formes, que l’on exploite, que l’on massacre, que l’on trompe.

Quant aux Pangloss d’aujourd’hui, ils sont légion parmi les économistes qui veulent nous prouver que tout est bien dans le meilleur des mondes possibles et qu’il n’y a pas d’alternative.

Roger Bergeret

« Marchez toujours en ricanant, mes frères, dans le chemin de la vérité » Voltaire, Lettre à d’Alembert, 23 janvier 1753

 

L’histoire

Un jeune homme, à peine sorti de l’adolescence, est recueilli et éduqué chez des millionnaires quelque part en Europe. Il grandit au côté de la fille de la maison, la belle Cunégonde. Le précepteur de la famille, Pangloss, lui inculque une philosophie qui convient parfaitement cette vie de rêve: « Tout est bien dans le meilleur des mondes possibles… ».

Mais Candide tombe follement amoureux de Cunégonde. Les deux jeunes gens sont surpris: Candide est chassé du château et va être ainsi jeté dans le monde réel des guerres ethniques qui déchirent l’Europe. Les parents de Cunégonde sont massacrés, elle-même est enlevée et violée. Candide de son côté sera successivement mercenaire, marchand de faux tapis persans, prisonnier d’une secte de fanatiques religieux mais, par un prodigieux hasard, retrouve Cunégonde aux côtés d’une vieille femme désabusée au passé sulfureux dans un «love center de Perse ». Ils s’enfuient, passent en Amérique. où ils croient trouver le paradis. Hélas, Cunégonde est enlevée par le Directeur d’une puissante organisation internationale, Candide est fait prisonnier par les Narcos colombiens et assassine leur chef. Il est sauvé par un représentant d’une firme mondialement connue de produits informatiques de haute technologie, Big Mac, qui lui fait découvrir le meilleur des mondes possibles, celui d’une nouvelle génération d’ordinateurs dont 1′ «effet de réel» est saisissant et qui permet de vivre et réaliser des rêves devant son écran.

Candide va-t-il enfin trouver le bonheur? Au contraire va-t-il repartir à la recherche de Cunégonde?

Trouvera-t-il enfin une réponse à la question : le bonheur est-il possible dans ce monde du XXIe siècle?

Les spectateurs auront reconnu le célèbre personnage de Voltaire, Candide, mais transposé dans notre époque. Le monde est-il toujours un monde de cruauté, de fanatisme, de rapines, de massacres, dévoré par la passion du pouvoir et de l’argent? Est-il différent du monde que Voltaire décrit dans son «roman», Candide ou l’optimisme? Alors, que faire? Cultiver son jardin?

Cette adaptation théâtrale se veut non réaliste, souvent caricaturale, et fait largement appel à l’imaginaire (costumes, mise en scène, musique) pour « enchanter» au propre et au figuré les spectateurs et les placer à la fois dans la magie du conte mais par un effet de miroir dans notre monde actuel.

***

Acte I. Le Paradis perdu.

1. Comment Candide fut élevé dans un beau château, et comment il en fut chassé.

2. Comment Candide se retrouva dans les Balkans en guerre et ce qui lui arriva.

3. Pourquoi Candide ne parvint jamais à devenir un héros Bordure et comment il se retrouva en Hollande.

4. Comment Candide retrouva son maître Pangloss devenu clochard.

5. Comment Candide, Pangloss et un homme bon, Jacques, se retrouvent en Perse.

6. Candide, Pangloss, Jacques en Perse.

7. Comment Pangloss fut pendu et Candide fessé, mais retrouva Cunégonde.

8. Une belle surprise !

Acte II. Vers l’Utopie

1. Ce qu’il advint de Cunégonde, de Candide, du négociant juif Issacar et du Grand Magol.

2. Candide, Cunégonde et la vieille en route vers l’Amérique.

3. Comment Candide se retrouva en Colombie chez les Narcos et comment il y fut reçu.

4. Candide et Cacambo sont conduits dans la Silicon Valley en Californie.

5. Chez Big Mac, dans la Silicon Valley.

Acte III. L’impossible bonheur.

I. Comment Candide et Cacambo étant revenus à Buenos Aires firent la connaissance du triste Martin.

2. À Venise, Candide et Martin cherchent vainement des gens heureux.

3. Candide et Martin rencontrent l’homme le plus riche du monde.

4. Comment Candide retrouva Cacambo en compagnie d’ex-chefs de gouvernements et dictateurs.

5. Comment Candide retrouva Cunégonde et ce qu’il en advint.

Épilogue.

À Ferney. Il faut cultiver notre jardin.

* Le « portait » de Roger Bergeret en Voltaire ne fait pas partie du programme. Mieux, l’ami Roger ne l’a découvert que le 3 juillet. Il s’agit d’un beau montage photo dû à l’un de ses petits-enfants et à la complicité d’un des amis d’icelui…

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