L’ancien théâtre de Ferney

La maison Fusier, ancien théâtre de Voltaire

Le théâtre fut au XVIIIe siècle l’objet d’une mode et d’un engouement extraordinaires parmi le public privilégié de l’époque. Voltaire, dévoré par cette passion, fut tour à tour auteur, acteur et metteur en scène. Partout où il séjourna de façon durable, il bâtit ou encouragea l’installation de salles de spectacle.

Il est convenu d’attribuer à Voltaire la paternité du théâtre de Ferney. Il semble pourtant que l’initiative vint de deux autres personnages. L’un fernèsien, Etienne Perrachon, commerçant actif et avisé, utilisant au mieux les deniers de Voltaire pour faire prospérer ses affaires, et l’autre, Joseph François Gallier de Saint-Gérand, entrepreneur de spectacles alors installé à Berne.

L’entreprise visant à construire le théâtre nécessitait d’importants capitaux. Saint-Gérand fit appel à Voltaire, qui engagea la principale dépense et resta ainsi «l’arbitre de la location» de l’ensemble. A cette époque, les salles de spectacle, qui devaient être simples, rapidement réalisables et économiques, n’avaient pas d’architecte. Pourtant, à Ferney, Léonard Racle, architecte de Voltaire, travailla avec Saint-Gérand. Il s’agissait d’aménager le bâtiment vendu par Perrachon, «servant de fenière, écurie et boutique qui n’était pas encore fini».

Lors de l’inauguration, le 28 juin 1776, le célèbre acteur Le Kain remplit la salle : «Le Kain est venu et a rendu Fernai célèbre. Il a joué supérieurement tantôt à Fernei, tantôt à deux lieues de là sur un autre théâtre appartenant encor au troubadour St Geran [Châtelaine]. Les treize cantons ont accouru et ont été ravis. Pour moy misérable à peine ai-je été témoin une fois de ces fêtes».

Trois ans après la mort de Voltaire, le théâtre de la Comédie fut cédé en 1781 à Henry Jéquier, qui le loua la même année à François Hazes. Le bâtiment était en 1807 et en 1845 la propriété du notaire Jean-François Sebire. L’aile droite fut ajoutée dans le milieu du XIXe siècle et l’ensemble abrita jusqu’au XXe siècle un charron et un maréchal ferrant, qui lui ont laissé leur nom de famille.

La maison Fusier, devenue propriété municipale à la fin du XXe siècle, abrite aujourd’hui l’Office de tourisme, une salle d’exposition, l’Atelier du livre et plusieurs associations culturelles, parmi lesquelles Voltaire à Ferney et le Centre international d’étude du XVIIIe siècle.

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