Mercier

MERCIER, Sébastien, participant direct de la séance d’initiation de Voltaire, comme on l’a vu plus haut, est souvent revenu sur les écrits et sur le personnage de Voltaire dans ses descriptions du Paris de l’époque. Voici des extraits d’un chapitre du Tableau de Paris qui lui est entièrement consacré, écrit vers 1782-1783 d’après les allusions à l’édition des œuvres complètes préparée à Kehl sous la direction de Beaumarchais. Tout n’y est pas exact, comme on le voit dès le début, et l’humeur reste libre, mais quel mouvement, quelle vie !


Né à Paris, ses ouvrages semblent tous avoir été faits pour la capitale. Il l(avait principalement en vue lorsqu’il écrivait ; en composant, il regardait l’Académie française, où étaient ses prôneurs, le parterre de la Comédie, le café de Procope, et un cercle de jeunes mousquetaires. Les nations étrangères n’existaient presque pas pour lui. […]

Toujours poète (et c’est là son grand titre), presque jamais penseur, ce n’est point la fécondité des idées qui le distingue, c’est plutôt la variété infinie des tours, et la magie heureuse de ses expressions. Ainsi ces généraux habiles qui n’ont qu’une petite troupe, par des évolutions multipliées et adroites, font passer et repasser tant de fois leurs soldats, que l’œil trompe leur attribue de loin une grosse et formidable armée. […]

Il n’a guère qu’un seul but dans son Histoire universelle, et il immole tout à cette idée ; c’est une satire perpétuelle du pouvoir ecclésiastique. Constamment attaché à sa proie, les autres idées politiques lui échappent, et même il ne les cherche pas. Il ne voit que l’autel à détruire : ainsi il a donné une empreinte uniforme à presque tous les siècles. […] Sous ce rapport, il a servi réellement l’humanité ; et cette tolérance universelle, son dogme favori, il en a montré la majesté, la justice et les avantages. […]

Il a été un vrai poète, un écrivain élégant ; il a terrassé le fanatisme et avili la superstition ; il a répandu des maximes de tolérance et d’humanité ; il a défendu l’innocence ou le malheur avec une générosité active et généreuse : voilà sa gloire. Il n’a point travaillé en grand ; il a eu des préjugés petits et bizarres. Il a trop obéi à la vanité ; il a flatté les Grands, et trop injurié ses adversaires. Il s’est avili jusqu’à écrire pour les libertins : voilà ses taches. […]

Il a vécu, dans ses quatre-vingt-quatre années, sept cent quatre-vingt-trois mille deux cents heures. Voilà bien peu de temps pour tout ce qu’il lui a fallu apprendre et écrire, et pour les audiences qu’il a données. Ne passons pas sous silence le bien qu’il a fait à Ferney. Créateur de cette colonie, il y était justement respecté comme le bienfaiteur du lieu par ses libéralités et par l’emploi de son crédit. Cette gloire vaut bien celle d’avoir fait Alzire. […]

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