Frédéric II

FREDERIC II, roi de Prusse (1712-1786). Initié dans la nuit du 14 au 15 août 1738, Frédéric fut membre de la Loge Aux trois Globes de Berlin, et accéda au grade de maître en 1740, quelques jours après son avènement. Dans la séance d’initiation de Voltaire aux Neuf Sœurs, le vénérable Lalande évoquera la figure et le rôle tutélaire du roi de Prusse dans la franc-maçonnerie européenne. On ne trouve aucune référence maçonnique dans la vaste correspondance échangée entre Voltaire et Frédéric durant près de quarante ans — dont plus de sept cents lettres subsistent. Voici la fin du discours de Frédéric II lu dans l’académie de Berlin le 26 novembre 1778, deux jours avant la célébration funèbre des Neuf Sœurs.


 

[…] Quoique M. de Voltaire fût d’une constitution faible ; quoique le chagrin, le souci & une grande application aient affaibli son tempérament, il poussa pourtant sa carrière jusqu’à la 84e année. Son existence était telle qu’en lui l’esprit l’emportait en tout sur la matière ; c’était une âme forte qui communiquait sa vigueur à un corps presque diaphane : sa mémoire était étonnante, & il conserva toutes les facultés de la pensée & de l’imagination jusqu’à son dernier soupir.

Avec quelle joie vous rappellerai-je, Messieurs, les témoignages d’admiration & de reconnaissance que les Parisiens rendirent à ce grand homme, durant son dernier séjour dans sa patrie ! Il est rare, mais il est beau que le public soit équitable, & qu’il rende justice de leur vivant à ces êtres extraordinaires que la nature de ne complaît à produire que de loin en loin, afin qu’ils recueillent, de leurs contemporains mêmes, les suffrages qu’ils sont sûrs d’obtenir de la postérité ! L’on devait s’attendre qu’un homme qui avait employé toute la sagacité de son génie à célébrer la gloire de sa nation, en verrait rejaillir quelques rayons sur lui-même : les Français l’ont senti, & par leur enthousiasme, ils se sont rendus dignes de partager le lustre que leur compatriote a répandu sur eux & sur le siècle.

Mais croirait-on que ce Voltaire, auquel la profane Grèce aurait élevé des autels, qui eût eu dans Rome des statues, auquel une grande impératrice, protectrice des sciences, voulait ériger un monument à Pétersbourg ; qui croira, dis-je, qu’un tel être pensa manquer, dans sa patrie, d’un peu de terre pour couvrir ses cendres ? Eh, quoi ? dans le 18e siècle, où les lumières sont plus répandues que jamais, où l’esprit philosophique a fait tant de progrès ; il se trouvera des hiérophantes, plus barbares que les Hérules, plus dignes de vivre avec les peuples de Taprobane que la nation française ; aveuglés par un faux zèle, ivres de fanatisme, qui empêcheront qu’on ne rende les derniers devoirs de l’humanité à un des hommes les plus célèbres que jamais la France ait portés ? Voilà cependant ce que l’Europe a vu avec une douleur mêlée d’indignation. Mais quelles que soient la haine de ces frénétiques et la lâcheté de leur vengeance, de s’acharner ainsi sur des cadavres, ni les cris de l’envie, ni leurs hurlements sauvages ne terniront la mémoire de M. de Voltaire. Le sort le plus doux qu’ils peuvent attendre, est qu’eux & leurs vils artifices demeurent ensevelis à jamais dans les ténèbres de l’oubli, tandis que la mémoire de M. de Voltaire s’accroîtra d’âge en âge, & transmettra son nom à l’immortalité.


 

Éloge de Voltaire lu à l’académie royale des sciences et belles-lettres de Berlin, dans une assemblée publique extraordinairement convoquée pour cet objet, le 26 novembre 1778 (par Sa Majesté le Roi de P….), À Berlin, chez G. J. Decker, Imprimeur du Roi [1778]

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