Bérillon

BERILLON, Edgar (1859-1948)

En 1890, la fondation d’une Loge Voltaire à l’Orient de Paris illustre le courant voltairien des traditions maçonniques. Le discours d’inauguration prononcé par Edgar Bérillon est typique du voltairianisme de conquête. Médecin, neurologue, spécialiste de l’hypnose expérimentale, maçon athée et militant, Bérillon entrait dans une carrière aux intérêts multiples, y compris politiques et médiatiques. Il est aujourd’hui connu, moins par son engagement maçonnique que par les élucubrations foncièrement racistes et germanophobes d’un nationalisme forcené de « Revanche », auquel il fournit des notions et des gages pseudo-scientifiques— ce que ne laissait nullement prévoir, porté à une certaine hauteur morale, la fin de son discours du 7 décembre 1890 :


 

[…] La physionomie si caractéristique de Voltaire, dont le ciseau génial de Houdon nous a transmis la vivante expression, est bien celle d’un penseur profond, revenu des petitesses et des vanités de ce monde. Ne dirait-on pas que ses lèvres, encore entrouvertes par un sourire d’ineffable indulgence, viennent de laisser tomber ces paroles éternellement bonnes à méditer ?

« Qu’est-ce que la tolérance ? C’est l’apanage de l’humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesse et d’erreurs ; pardonnons-nous réciproquement nos offenses, c’est la première loi de la nature. »

Pour des esprits exercés à la discussion, pour des cerveaux qui ne sont pas hantés par les « billevesées de la métaphysique », ces conseils sont superflus. Soucieux avant tout de la liberté d’examen, que leur importe qu’un homme soit mahométan, chrétien, bouddhiste, déiste, panthéiste, athée ! A leurs yeux, tous les hommes, quelles que soient leurs croyances, sont également estimables lorsqu’ils sont honnêtes et vertueux.

Mais l’indulgence doit-elle aller jusqu’à tolérer le moindre attentat contre la liberté morale ? Cela n’est pas admissible. Au nom même du principe de tolérance, il faut se préoccuper de savoir s’il n’existe pas encore quelque part des victimes de l’odieux préjugé qui faisait de la moralité un privilège réservé aux seuls croyants. Il est nécessaire de proclamer hautement le droit de chacun à l’incrédulité.

On nous invite à oublier que pendant des siècles, on a pu impunément, au nom d’un dogme, semer l’injure et la diffamation sur les incrédules, accabler la raison humaine sous le poids des sottises et des extravagances des sectaires, lancer l’anathème et l’excommunication sur tous les esprits indépendants, emprisonner les hommes de science et brûler des milliers d’hérétiques. Soit ! Mais à une condition, c’est qu’on ne tente plus désormais de nous discuter le droit de nier Dieu si cela nous plaît.

Il serait vraiment singulier que dans une société où l’athéisme légal est le principe fondamental du droit, les athées ne soient pas entourés de la considération due à tous les citoyens.

Telles sont les idées qui, dans un avenir très rapproché, serviront de base à l’éducation nationale. Le jour où l’on n’hésitera plus à enseigner dans les écoles cette vérité, pourtant si élémentaire, qu’un athée vaut un déiste et que la vertu d’un spiritualiste est aussi fragile que celle d’un matérialiste, on élèvera une digue infranchissable contre les empiètements de tous les ennemis de la vérité scientifique et de la liberté de conscience.

*

*   *


Bricaire de La Dixmerie

Frédéric II

Marquis de Luchet

Lalande

Dorly

Mercier

Roucher

Prince de Ligne

Marquise de Villette

Anonyme

Germain

Frère Boué

Dutertre

Littré

Bérillon

RETOUR

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *