Antoine de Mailly

Mailly

Antoine de Mailly, marquis de Châteaurenaud, a été un fervent partisan de la Révolution. Noble « éclairé » qui a fréquenté Voltaire, il a vécu une époque de grands changements.

L’histoire d’Antoine de Mailly, c’est déjà l’histoire extraordinaire d’une famille qui a su patiemment s’élever dans la société. Au début du XVII e siècle, les Mailly sont de simples auxiliaires de justice, des roturiers, à Branges.

Puis ils s’installent à Chalon, où ils commencent à acheter des charges, au grenier à sel ou encore au bailliage. Financiers dans l’âme, ils gagnent beaucoup d’argent et n’hésitent pas à en prêter. Cette position leur permet de réaliser de beaux mariages, à une époque où ils sont la clé d’une ascension sociale réussie.

Un premier Antoine de Mailly, grand-père du second, achète en 1696 un office à la cour des comptes de Dole. Cet office a un attrait particulier, puisqu’il est anoblissant. Avec son père Guillaume Mailly, il achète en 1700 la seigneurie de Châteaurenaud. C’est un grand coup pour la famille : ils deviennent seigneurs de toute la commune, à laquelle est rattachée Saint-Martin-du-Mont. Ils s’installent dans un château situé à l’entrée de l’actuelle rue de la Mairie. La seigneurie est même érigée en marquisat en 1752. La famille continue à s’enrichir et est au faîte de sa puissance, avec des terres en Bresse, dans le Jura mais aussi en Haute-Saône, lorsque naît Antoine de Mailly en 1742. Il fait ses études dans un lycée parisien (aujourd’hui le lycée Saint-Louis), puis en droit à Besançon.

Rencontre avec Voltaire

En 1762, à 20 ans, il rejoint l’entourage de Voltaire à Ferney.

Il y reste trois ans, une période marquante de son existence qui forge ses opinions : dès lors, il est un adepte des Lumières et du progrès. Franc- maçon, il appartient à deux loges parisiennes, dont la célèbre loge des Neuf Sœurs. Il fonde la première loge louhannaise, baptisée Vraie Lumière. En 1789, il est élu suppléant aux États Généraux par la noblesse du bailliage d’Aval (Sud du Jura). En mai 1790, il accède à l’Assemblée constituante à la suite de la démission d’un titulaire.

À ce moment, il se comporte en véritable député de la Bresse. C’est lui qui obtient que Louhans ait son propre district, détaché de celui de Chalon, une demande que les Bressans formulent depuis longtemps.

Vote la mort du roi

Après l’Assemblée constituante, il est élu à la Convention au titre de la Saône-et-Loire. Dans ce cadre, il est un des rares nobles à voter la mort du roi, preuve de son implication. En fait, il appartient à ce qu’on pourrait nommer aujourd’hui le centre gauche. Membre de la Montagne, il ne fait pas pour autant partie des extrémistes. Il est même persécuté sous la terreur, et il applaudit la chute de Robespierre.

Comme beaucoup, il amorce un virage sous le Directoire. Il se rapproche d’abord de Barras, puis de Napoléon Bonaparte. À partir de là, il devient un fervent partisan de l’Empereur. Il est nommé en 1799 maire de Vesoul, il le reste jusqu’en 1812. Il partage sa vie entre cette ville, Paris et la Bresse.

En 1816, après la chute de l’Empire, il est mis à l’écart en tant que régicide. Il meurt en 1819, après une vie passée à cheval sur des époques très différentes, qui l’a vu passer de seigneur de l’Ancien Régime à homme des Lumières, puis réformateur révolutionnaire, avant de finir son existence en fervent bonapartiste.

Chaque semaine, notre page consacrée à l’histoire bressane est réalisée grâce à l’aide d’un historien local. Cette semaine, il s’agit de Daniel Martin. Cet ancien cadre bancaire a déjà écrit deux livres : Saint-Usuge sous la Révolution et l’Empire, et Louhans et son canton sous la seconde République et le Second Empire. Ces deux ouvrages, qui ont nécessité un gros travail de recherche dans de nombreux fonds d’archives, sont disponibles à la librairie le Forum à Louhans. Depuis un an et demi, il prépare une biographie d’Antoine de Mailly, marquis de Châteaurenaud, qui a vécu pleinement toute la période révolutionnaire puis l’Empire. Avant la parution du livre début 2012, cette mise en bouche propose de partir à la découverte d’un destin qui reflète l’histoire de France à cette époque.

Antoine de Mailly a laissé une descendance très nombreuse. Il a eu dix enfants avec sa première épouse, Alexandrine de Damas d’Audour (du nom d’un hameau situé près de Dompierre-les-Ormes, dans le Mâconnais). Lorsque cette dernière est morte en couches en 1783, il a épousé Rosalie Receveur, issue de la petite bourgeoisie de Vesoul, avec qui il a eu 11 enfants.

La famille a payé un très lourd tribut à la période troublée qu’a été la Révolution puis la naissance de l’Empire : trois des fils d’Antoine de Mailly ont été tués pendant la Convention (1792-1795), dont un à Quiberon par les Chouans. Deux autres ont trouvé la mort le même jour devant Saint-Jean-d’Acre, lors de la campagne de Napoléon Bonaparte en Égypte. Dans ses mémoires écrites à Sainte-Hélène, l’empereur déchu cite d’ailleurs en exemple l’action du capitaine Minerve Mailly. Un sixième fils meurt en 1810 pendant les guerres impériales, auquel il faut ajouter un gendre, le colonel Bouvier, tué pendant la retraite de Russie.

Antoine de Mailly est aussi l’arrière-grand-père d’un Louhannais qui est resté célèbre. Sa fille Phénicie a en effet épousé le député Jean-Joseph Guillemaut, dont la descendance a mené à Lucien Guillemaut.

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Un destin révolutionnaire, par Matthieu Auclair

Extrait du Journal de Saône-et-Loire, 24.8.2011

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