Chaîne des êtres créés

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La première fois que je lus Platon, et que je vis cette gradation d’êtres qui s’élèvent depuis le plus léger atome jusqu’à l’Être suprême, cette échelle me frappa d’admiration ; mais l’ayant regardée attentivement, ce grand fantôme s’évanouit, comme autrefois toutes les apparitions s’enfuyaient le matin au chant du coq.

L’imagination se complaît d’abord à voir le passage imperceptible de la matière brute, à la matière organisée, des plantes aux zoophytes, de ces zoophytes aux animaux, de ceux-ci à l’homme, de l’homme aux génies, de ces génies revêtus d’un petit corps aérien à des substances immatérielles ; et enfin mille ordres différents de ces substances qui, de beautés en perfections s’élèvent jusqu’à Dieu même. Cette hiérarchie plaît beaucoup aux bonnes gens, qui croient voir le pape et ses cardinaux suivis des archevêques, des évêques ; après quoi viennent les curés, les vicaires, les simples prêtres, les diacres, les sous-diacres ; puis paraissent les moines, et la marche est fermée par les capucins.

Mais il y a un peu plus de distance entre Dieu et ses plus parfaites créatures, qu’entre le saint père et le doyen du sacré collège : ce doyen peut devenir pape, mais le plus parfait des génies créés par l’Être suprême ne peut devenir Dieu ; il y a l’infini entre Dieu et lui. […]

Ô Platon tant admiré ! vous n’avez conté que des fables, et il est venu dans l’île des Cassitérides, où de votre temps les hommes allaient tout nus, un philosophe qui a enseigné à la terre des vérités aussi grandes que vos imaginations étaient puériles.

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