Voltaire contre Fréron

Les formules assassines de Voltaire contre Fréron sont restées dans les mémoires. On a davantage oublié l’acharnement du fondateur de L’Année littéraire contre le plus célèbre des auteurs. Leur confrontation, qui ne cesse qu’avec la mort du journaliste en 1776, n’est pas seulement celle de deux hommes. Fréron constitue une nouvelle puissance, celle des journaux, qui empiète largement sur le pouvoir des auteurs. Ses choix idéologiques le placent en outre en première ligne : doté de sérieux appuis, il dénonce la mainmise des philosophes sur l’institution littéraire au nom des traditions de la République des lettres et au nom de la religion. On comprend que Fréron, dont les feuilles remportent un grand succès, soit un danger d’autant plus grand qu’il est parfaitement conscient des évolutions en cours et qu’il travaille à empêcher les transformations profondes prônées par les philosophes.

Élie Catherine Fréron, né à Quimper le 20 janvier 1718 et mort à Montrouge le 10 mars 1776, est un journaliste, critique et polémiste français.

En 1754, Fréron fonda l’Année littéraire, qui fut l’œuvre de sa vie et qu’il dirigea jusqu’à sa mort en 1776. Il y critiquait vivement la littérature de son temps en la rapportant aux modèles du XVIIe siècle et combattait les Philosophes au nom de la religion et de la monarchie. Le périodique eut, d’abord, beaucoup de succès et Fréron gagna très bien sa vie. Il habitait une superbe maison rue de Seine, ornée de magnifiques lambris dorés, et faisait très bonne chère, recevant à sa table le duc de Choiseul, le duc d’Orléans ou le roi Stanislas.

Il s’attaqua principalement à Voltaire qu’il avait déjà décrit dans les Lettres sur quelques écrits du temps « sublime dans quelques-uns de ses écrits, rampant dans toutes ses actions ». La critique fut ensuite reprise à chaque numéro de l’Année littéraire, souvent mordante mais toujours exprimée avec sang-froid et sur un ton de courtoisie.

Voltaire, qui supportait mal les attaques, riposta avec une extrême vigueur. Il fit contre Fréron une virulente satire, Le Pauvre diable, une pièce de théâtre, Le Café ou l’Écossaise (1760), où Fréron est représenté par le personnage de Wasp (en anglais : guêpe ou frelon), espion et délateur, coquin envieux et vil, toujours prêt à calomnier à prix d’argent dans son journal l’Âne littéraire. Fréron assista aux deux premières représentations : si sa femme s’évanouit devant la vigueur de l’attaque, lui-même ne perdit pas son sang-froid et fit de la pièce un compte-rendu ironique et correct. Voltaire lui décocha aussi de nombreuses épigrammes, en prose ou en vers, dont celle-ci est restée célèbre :

L’autre jour au fond d’un vallon,
Un serpent piqua Jean Fréron ;
Que croyez-vous qu’il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva.

Extrait de Wikipedia